La maltraitance des personnes adultes vulnérables – en particulier les personnes âgées et handicapées vivant à domicile – reste un phénomène insuffisamment connu, mal évalué, et difficile à traiter efficacement. Le constat est partagé : défaut de données fiables, dispositifs d’alerte peu opérationnels, manque de formation, défaut d’appui technique, difficulté à trouver des solutions adaptées… La Ville de Paris affirme vouloir mieux faire.
Une nouvelle mission dédiée, calquée partiellement sur le modèle de la CRIP
Pour répondre à cette situation insatisfaisante, la Ville met en place une Mission parisienne de lutte contre les maltraitances, sur le modèle de la CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes) dédiée aux mineurs.
Quatre postes sont créés (1 responsable, 1 secrétaire médico-sociale, 2 travailleurs sociaux).
Une ligne téléphonique et une boîte mail générique, à destination des professionnels, complètent le dispositif.
Un enjeu majeur pour les services de la DSOL, et notamment du CASVP
Compte tenu du vieillissement de la population parisienne, les services en lien avec les personnes âgées et handicapées (SPASAD, EHPAD, MDS, CHRS, clubs, EMS-APA, PSA, restaurants Émeraude, etc.) sont évidemment concernés – même si les modalités et les destinataires des signalements varient selon les établissements (ex. : ARS pour les EHPAD, SDILE pour les CHRS).
L’UNSA CASVP porte un regard favorable sur le principe d’une meilleure organisation de la réponse institutionnelle.
Mais rien ne se fera sans des agents qualifiés… et disponibles
Encore faut-il donner aux agents les moyens concrets de mener à bien leurs missions. Et les agents de terrain le savent bien : le problème est déjà là dans de nombreux sites.
Ce qui domine aujourd’hui, c’est la pression sur les chiffres, la multiplication des tâches, la lourdeur des procédures. Le temps nécessaire pour accueillir, écouter, évaluer, coopérer avec des partenaires, proposer – voire inventer – des solutions… manque cruellement.
C’est ainsi que le risque de maltraitance institutionnelle s’installe.
Quand les professionnels ne peuvent plus faire correctement leur travail, ce sont les publics eux-mêmes qui en subissent les conséquences.
Quel syndicat n’entend pas, au quotidien, des agents exprimer leur malaise ?
Trop de pression, pas assez de temps, pas assez de moyens.
La forme ne doit pas primer sur le fond
Créer une structure centralisée, sans s’assurer que les services de proximité disposent réellement des marges d’action nécessaires, risque d’aggraver les difficultés – par l’alourdissement des procédures, notamment.
Cela n’aurait aucun sens. Et ce sera, à terme contre-productif.
Associer les agents, penser les moyens. L’UNSA CASVP propose qu’une réflexion de fond soit engagée, avec les agents, sur les moyens nécessaires pour prévenir et faire cesser les situations de maltraitance. De nombreuses pistes existent. Mais il est illusoire de croire qu’on pourra faire l’économie du temps, des postes, et des moyens. Ou alors, la DSOL doit l’assumer clairement : pour elle, la forme l’emporte sur le fond.
