SANTÉ MENTALE AU TRAVAIL : ON EN PARLE, MAIS ELLE CONTINUE DE FAIRE DES DÉGÂTS

La santé mentale est (enfin) devenue un sujet affiché : chartes, colloques, webinaires, kits « clé en main », grandes annonces nationalesLe sujet circule. Et pourtant, sur le terrain, les agents le constatent : quand l’organisation du travail se dégrade, la santé mentale s’en ressent.

Des outils, des discours… et une réalité qui résiste

  • Côté employeurs, la charte « Santé mentale au travail » est encore très peu reprise par les collectivités. Le symbole est parlant : le sujet est reconnu, mais il peine à devenir une priorité concrète, structurée et suivie.
  • De son côté, la DGAFP (Direction générale de l’administration et de la fonction publique) annonce un cycle de conférences, un agenda social et des travaux dédiés, en rappelant que la santé mentale doit être pleinement intégrée à la prévention et aux politiques de santé au travail.

Très bien. Mais la question n’est pas « est-ce qu’on en parle ? »

La question est : est-ce qu’on change ce qui abîme ?

Le problème n’est pas dans les têtes : il est dans l’organisation

À force de répéter « sens », « prévention », « qualité de vie », on finit par laisser entendre que la solution serait surtout individuelle : mieux gérer son stress, mieux « prendre du recul », mieux communiquer, mieux s’adapter.

La réalité, c’est que la santé mentale au travail est d’abord une question collective et d’organisation :

  • effectifs insuffisants, vacance de postes, turn-over ;
  • injonctions contradictoires, urgences permanentes, réorganisations à répétition ;
  • charge administrative qui explose, outils inadaptés, manque de temps pour faire du travail de qualité ;
  • tensions avec le public, agressivité, isolement ;
  • plannings et amplitudes qui usent ;
  • absence de marges de manœuvre, décisions prises loin du terrain.

Quand le cadre se dégrade, les personnes encaissent. Puis craquent.

Et trop souvent, on résume ensuite cela à des « fragilités », des « problèmes de posture », des « difficultés relationnelles ».

Et à la fin, qui porte la faute ? Les mêmes.

Il y a un mécanisme bien connu dans les services : quand l’organisation dysfonctionne, on finit par chercher des responsables individuels.

On charge les agents : « manque d’implication », « résistance au changement », « mauvaise volonté ».

On charge les cadres de proximité : « mauvais management », « défaut d’animation », « manque de fermeté ».

Comme si l’épuisement venait d’un manque de vertu.

Comme si les tensions venaient d’un défaut de caractère.

Comme si les arrêts, les départs, les conflits, les larmes, les accidents, les crises… n’étaient pas, d’abord, les symptômes d’un système qui abîme.

Ce que l’UNSA CASVP rappelle

La santé mentale au travail se protège d’abord par des décisions d’organisation.

Et cela se traduit concrètement par des moyens, des effectifs, du temps, des outils fiables et des règles tenables.

Une exigence simple : cesser de transformer une crise d’organisation en procès fait aux personnes.

Si la santé mentale est vraiment une priorité, alors elle doit se voir là où ça compte : dans le travail réel, au quotidien.