DIALOGUE VOLÉ : QUAND LA PROCÉDURE PREND LA PLACE DU PILOTAGE

On connaît la scène. Une surcharge est signalée. Une tension est décrite. Un risque est pointé. La demande est simple : qui arbitre l’organisation du travail, ici et maintenant ? En retour, on obtient souvent une réponse parfaitement « correcte » : rappel de cadre, renvoi vers le bon guichet, puis la phrase qui ferme. Sur le papier, c’est réglé. Sur le terrain, ça continue.

Le mécanisme : une réponse qui tient… sans tenir le réel

La question posée est pourtant claire : charges qui s’empilent, délais intenables, continuité de service sous tension.

Ce qu’on attend, ce n’est pas une leçon de texte. Ce sont des priorités, un phasage, du temps, un pilote.

Mais la réponse glisse ailleurs : elle traite le circuit, pas la charge. Elle valide la forme, pas la faisabilité. Elle clôture la demande, pas la situation.

Quand on répond « procédure » à une question d’organisation, on laisse les équipes faire le reste. Et le reste, c’est lourd.

Ce que ça produit : la pression devient une méthode

Sans arbitrage, le terrain absorbe. Jusqu’à saturation.

Alors les urgences s’empilent, le rattrapage devient permanent, et le travail se fait « au plus vite ».

La qualité s’érode, parce qu’une journée n’est pas extensible.

Les responsables tiennent comme ils peuvent. Les équipes encaissent. Et, petit à petit, la pression cesse d’être une exception : elle devient l’organisation.

C’est là que le dialogue est volé : on ne discute plus de ce qui rend le travail possible. On apprend à supporter.

Les RPS ne naissent pas d’un manque de bonne volonté. Ils naissent d’une surcharge durable sans cadre soutenable.

La continuité de service ne se décrète pas. Elle se protège, avec des priorités et des limites.

Ce que l’UNSA CASVP demande : du pilotage, pas des formules

L’UNSA CASVP ne demande pas d’« arranger » les règles. Elle demande que l’administration fasse son travail d’employeur : organiser.

Organiser, c’est simple — quand on le décide : un cadrage unique (qui demande quoi, pour quand), un phasage réaliste (sortir du « tout, tout de suite »), du temps dédié quand la charge dépasse la capacité du service, et un pilote identifié qui coordonne et arbitre.

Ce que demandent les agents, ce n’est pas un passe-droit. C’est un cadre de travail qui tienne debout.

Ce que les agents peuvent faire : poser le réel, laisser une trace

Quand les réponses restent « de procédure », la meilleure protection tient en un mot : traçabilité.

Demander une priorisation écrite quand « tout est urgent ». Faire confirmer délais et attendus. Dire clairement ce qui ne pourra pas être fait en même temps, faute de temps ou de moyens. Signaler, factuellement, quand la charge devient incompatible avec la continuité de service.

Ce n’est pas refuser : c’est poser le réel.

Une urgence sans priorisation, c’est une injonction à renoncer — à la qualité ou à la santé.

Le dialogue social n’est pas un exercice de clôture. Il doit servir à une chose : rendre le travail possible, sans abîmer les agents ni le service rendu. L’UNSA CASVP continuera de porter cette ligne : du pilotage, des arbitrages concrets, des mesures traçables. Parce que quand la réponse est « correcte » mais que le réel reste sans solution, ce ne sont pas des dossiers qu’on ferme : ce sont des équipes qu’on met sous pression.