Depuis des mois, des agents de nombreux métiers du CASVP (administratif, social, aide à domicile, EHPAD, accueil…) expriment le même constat : la qualité du service rendu se dégrade et le travail perd en sens. Une cause revient très souvent, et elle est encore trop peu évaluée par la DSOL : la technicisation croissante des tâches, portée à la fois par le numérique et par une rationalisation budgétaire qui transforme l’activité en « actes » et en « indicateurs ».
Le numérique : partout, tout le temps
Au fil des années, la part d’outils numériques dans l’activité a fortement augmenté : procédures, tableaux, saisies, logiciels multiples, traçabilité, accès aux informations, automatisations…
Le problème n’est pas l’outil en soi. Le problème apparaît quand l’outil devient une fin, et non un moyen, et quand il prend le pas sur le cœur des métiers.
Dans les services, cela se traduit concrètement par des saisies multiples et des circuits lourds, des procédures qui se multiplient, une activité de plus en plus « écran », des usagers renvoyés vers des démarches complexes, avec l’idée qu’ils doivent « s’adapter vite », même lorsqu’ils sont fragiles.
Et au final : moins de temps pour l’humain, moins de face-à-face, moins de disponibilité.
Simplifier, oui — sans renoncer à la déontologie
Réduire les ressaisies inutiles est nécessaire. Mais la simplification ne doit jamais se faire au détriment des règles professionnelles : secret professionnel, accès limité au strict besoin, protection et sécurisation des données.
La recherche d’« efficacité » ne peut pas justifier des organisations où les dossiers seraient trop largement partagés ou consultables, au mépris de ces principes.
Les chiffres : « faire du volume » plutôt que « faire bien »
L’autre bascule, c’est la logique de performance chiffrée : ratios, objectifs, tableaux de bord, « actes par heure », comparaisons, remontées d’activité …
Quand ces indicateurs prennent une place prépondérante, ils finissent par empêcher de bien travailler.
Ce que les agents vivent alors : le sentiment d’un travail empêché, la pression à « aller vite » au détriment du « faire juste », la dégradation des relations (entre collègues, avec la hiérarchie, avec les usagers), une perte de sens et une fatigue morale.
Rappel simple : nos métiers ne sont pas une chaîne de production
Un travail doit faire sens pour celui qui le réalise et pour celui qui en bénéficie.
Au CASVP, une grande partie des missions repose sur la relation, l’écoute, le soin, l’accompagnement, l’accueil : cela ne se résume pas à un tableau de bord.
Ce que demande l’UNSA
L’UNSA CASVP demande à la DSOL d’engager un travail de fond, avec les agents et les représentants du personnel, sur l’impact réel des outils numériques et des indicateurs sur la qualité du service rendu.
Concrètement, nous demandons :
- une évaluation partagée des outils et procédures (ce qui aide / ce qui nuit),
- la réduction des doublons et des saisies inutiles,quand c’est possible, sans fragiliser le secret professionnel ni la protection des données ;
- des outils construits avec le terrain, pas « descendus » sans retour d’usage,
- l’arrêt des objectifs chiffrés déconnectés des effectifs et des situations,
- des marges de manœuvre redonnées aux professionnels pour faire correctement leur métier.
Ce que les agents demandent est concret : moins de doublons, moins de remontées d’activité inutiles, des outils stables, et du temps pour le travail réel. L’UNSA portera ces points et attend des arbitrages.
