À l’occasion du 8 mars, une tribune publiée dans Le Monde et Santé & Travail a rappelé un point essentiel : la prévention des risques professionnels reste trop souvent conçue de manière générale, sans partir suffisamment des conditions concrètes d’exercice des métiers très féminisés. Le constat est simple : on ne peut pas prévenir sérieusement les risques si l’on continue à sous-estimer les expositions réelles auxquelles ces métiers sont confrontés.
Un sujet qui concerne directement la DSOL et le CASVP
À la DSOL et au CASVP, cette question n’a rien d’abstrait. Notre établissement compte 4 327 femmes pour 1 305 hommes. Mais l’enjeu ne se résume pas à la composition des effectifs.
Le vrai sujet est ailleurs : les métiers les plus exposés à l’usure professionnelle, aux gestes répétés, aux manutentions, aux contraintes horaires, à la charge relationnelle, au travail morcelé ou à certaines expositions chimiques sont, très souvent, des métiers féminisés.
Soin, accompagnement, travail social, aide à domicile, entretien, accueil : ces métiers font tenir le service public au quotidien. Ce sont aussi des métiers où la pénibilité reste trop souvent minorée, mal objectivée ou abordée de manière trop générale.
Le RSU l’illustre clairement
Le RSU 2024 ne change pas le sujet, mais il l’éclaire utilement.
En 2024, le CASVP a recensé 466 accidents de travail, de service ou de trajet, dont 383 concernent des femmes. À cela s’ajoutent 34 agents concernés par une maladie professionnelle reconnue imputable au service, dont 32 femmes.
Les données par corps vont dans le même sens : 146 accidents chez les auxiliaires de soins territoriaux et 120 chez les agents sociaux territoriaux. Ce sont bien les métiers du soin, de l’accompagnement et du quotidien qui apparaissent parmi les plus exposés.
Ces chiffres ne disent pas tout. Mais ils rappellent une réalité simple : au CASVP, les atteintes à la santé au travail concernent d’abord des métiers et des conditions d’exercice très largement féminisés.
Ce qu’il faut maintenant
Pour l’UNSA CASVP, il ne suffit pas de constater. Il faut produire et exploiter des données sexuées pour objectiver les écarts d’exposition et leurs conséquences.
Il faut intégrer pleinement cette dimension dans le DUERP, au lieu de rester dans une approche trop générale.
Il faut aussi faire évoluer les formations et les référentiels de prévention, mieux reconnaître la pénibilité propre à certains métiers très féminisés et agir plus sérieusement sur l’usure professionnelle, afin de préserver la santé et le maintien dans l’emploi.
Regarder les métiers pour ce qu’ils sont
Parler de la santé des femmes au travail, ce n’est pas ajouter un thème de circonstance à l’occasion du 8 mars.
C’est rappeler que la prévention des risques professionnels ne peut pas rester pensée à distance du travail réel.
Au CASVP, cela suppose de mieux objectiver les expositions réelles, de renforcer l’évaluation des risques dans les métiers les plus concernés, de sortir d’une approche trop abstraite de la prévention et de mieux reconnaître l’usure professionnelle dans les parcours.
Mieux prendre en compte les métiers féminisés, ce n’est pas ouvrir un chapitre à part. C’est commencer à regarder le travail tel qu’il est.
