La CNRACL, régime de retraite des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, revient au cœur du débat. Un rapport inter-inspections publié en mai 2026 alerte sur une situation financière durablement dégradée et ouvre plusieurs scénarios à horizon 2045. Une question demeure : comment garantir l’avenir des retraites sans fragiliser les agents, les collectivités et les services publics locaux ?
Un régime déjà fragilisé
La CNRACL concerne directement les fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, mais aussi les employeurs publics qui financent le régime.
Les données 2024 publiées par la CNRACL illustrent le déséquilibre du régime : 2,15 millions de cotisants pour 1,63 million de pensionnés, 28,2 milliards d’euros de prestations versées pour 25,6 milliards d’euros de cotisations perçues.
Le Gouvernement a également indiqué devant le Sénat que le déficit de la CNRACL, évalué à 2,5 milliards d’euros en 2023, pourrait atteindre 11 milliards d’euros en 2030 si aucune solution durable n’était trouvée.
Ces données confirment un déséquilibre durable, lié notamment à un facteur démographique, à l’évolution du nombre de cotisants et au recours accru aux agents contractuels, qui ne relèvent pas aujourd’hui de la CNRACL.
Des collectivités déjà mises à contribution
Une première réponse a déjà été engagée : la hausse progressive des cotisations employeurs.
Le décret n° 2025-86 du 30 janvier 2025 prévoit une hausse progressive du taux de contribution employeur CNRACL : 34,65 % en 2025, 37,65 % en 2026, 40,65 % en 2027, puis 43,65 % en 2028.
Pour les collectivités, cette hausse pèse lourd dans un contexte budgétaire contraint. Mais limiter les recrutements statutaires ou recourir davantage aux contractuels serait une mauvaise réponse à un vrai problème.
Ne pas opposer fonctionnaires et contractuels
Le recours accru aux contractuels réduit mécaniquement les recettes de la CNRACL, puisque ces agents ne cotisent pas à ce régime. Mais cela ne doit pas conduire à les désigner comme responsables de la situation.
L’UNSA refuse d’opposer les agents entre eux.
Les contractuels occupent aujourd’hui des missions essentielles dans les collectivités, avec des parcours souvent plus précaires et moins sécurisés.
Le débat sur le financement des retraites doit donc être mené sans fragiliser davantage les contractuels, sans affaiblir le statut, et sans transformer les agents publics en variables d’ajustement.
Attention aux réponses uniquement comptables
Le rapport évoque plusieurs pistes : évolution du pilotage, reprise partielle de dette, élargissement du financement, création d’un pôle des retraites publiques ou rapprochement avec un système plus proche des régimes du secteur privé.
Ces pistes confirment une chose : la seule hausse des cotisations ne suffira pas à régler durablement la question.
Pour l’UNSA, le débat doit aussi intégrer ce qui fait la réalité de la Fonction Publique Territoriale : attractivité des métiers, pénibilité, usure professionnelle, déroulement de carrière, rémunération et reconnaissance des missions.
On ne préservera pas les retraites territoriales en affaiblissant celles et ceux qui font vivre les services publics locaux.
Pour l’UNSA, la situation de la CNRACL impose un débat sérieux, transparent et concerté. Les difficultés financières ne peuvent être ignorées, mais les réponses ne doivent pas se résumer à des hausses de cotisations, à des transferts de charges ou à des réformes au détriment des agents. Fonctionnaires comme contractuels ne doivent pas devenir les variables d’ajustement. L’avenir des retraites territoriales doit se construire sans affaiblir l’emploi public, l’attractivité des carrières et la reconnaissance des missions exercées dans les collectivités.
